Ashwagandha et thyroïde : quels effets réels ?
Introduction à l’ashwagandha et à la thyroïde
L’ashwagandha, également connue sous le nom scientifique Withania somnifera, est une plante médicinale largement utilisée dans la tradition ayurvédique, une médecine traditionnelle indienne vieille de plusieurs millénaires. Utilisée depuis des siècles, cette plante est réputée pour ses propriétés adaptogènes, permettant au corps de mieux gérer le stress et de renforcer les défenses naturelles. En ayurvéda, l’ashwagandha est prescrite pour améliorer la vitalité, la résistance face à la fatigue, et pour stabiliser l’équilibre hormonal.
Parallèlement, la thyroïde est une glande endocrine cruciale pour le bon fonctionnement de l’organisme. Située à la base du cou, elle produit des hormones thyroïdiennes, principalement la thyroxine (T4) et la triiodothyronine (T3), qui régulent le métabolisme, la croissance, la température corporelle et le fonctionnement de plusieurs organes vitaux. Un dysfonctionnement thyroïdien — qu’il soit sous forme d’hypothyroïdie (activité insuffisante) ou d’hyperthyroïdie (activité excessive) — peut entraîner un large panel de troubles de santé, affectant la qualité de vie. Pour mieux comprendre les fonctions et tests relatifs, voir notre article sur Comprendre les tests de la thyroïde : TSH, T3, T4 et anticorps.
Dans ce contexte, il est pertinent d’étudier les interactions possibles entre l’ashwagandha et la fonction thyroïdienne, afin de mieux comprendre les effets thérapeutiques potentiels ainsi que les risques associés. Cela peut aider à orienter les patients et praticiens vers une utilisation plus sûre et éclairée de cette plante dans les troubles thyroïdiens. Plus d’informations sur les plantes médicinales et actifs naturels pour la thyroïde dans notre guide Suppléments utiles (et à éviter) pour la thyroïde.
Composition et principes actifs de l’ashwagandha
L’ashwagandha contient un ensemble complexe de composés bioactifs qui lui confèrent ses propriétés thérapeutiques. Parmi eux, les withanolides — un groupe de lactones stéroïdes — sont les principaux composants actifs. Ce sont ces molécules qui sont le plus étudiées pour leurs effets pharmacologiques.
Outre les withanolides, l’ashwagandha renferme également des alcaloïdes, des saponines, et divers composés phénoliques, qui contribuent à ses actions sur le système immunitaire, le système nerveux, et le métabolisme. Ces principes actifs agissent notamment en modulant le stress oxydatif, en régulant la production de cortisol (hormone du stress) et en influençant certaines voies de signalisation cellulaire impliquées dans l’homéostasie hormonale.
Les effets adaptogènes de l’ashwagandha se traduisent par une amélioration de la capacité de l’organisme à s’adapter à des stimuli stressants, physiques ou psychiques. Cette propriété est notamment liée à la modulation des axes hypothalamo-hypophyso-surrénalien et hypothalamo-hypophyso-thyroïdien, qui gouvernent la sécrétion hormonale dans le corps.
Concernant la régulation hormonale, les withanolides et autres composés ont démontré, dans certaines études, une influence directe ou indirecte sur la synthèse des hormones thyroïdiennes, suggérant un potentiel à aider à rééquilibrer la fonction thyroïdienne anormale.
Effets de l’ashwagandha sur la thyroïde : que disent les études ?
Plusieurs études cliniques et précliniques récentes ont cherché à évaluer les effets de l’ashwagandha sur la fonction thyroïdienne. Il en ressort un panorama nuancé qui met en lumière un potentiel bénéfique surtout en cas d’hypothyroïdie, mais aussi certaines limites et précautions. Pour mieux appréhender les symptômes liés à l’hypothyroïdie, consulter notre article Quels sont les symptômes d’une thyroïde trop basse ?.
Concernant l’hypothyroïdie, quelques essais cliniques ont montré que la supplémentation en ashwagandha pouvait induire une augmentation des taux de thyroxine (T4) et parfois de triiodothyronine (T3), ce qui pourrait contribuer à améliorer les symptômes liés à une fonction thyroïdienne insuffisante. Ces effets sont attribués à une stimulation possible de la glande thyroïde ou à une amélioration du fonctionnement des mécanismes de régulation hormonale. Cependant, le nombre d’études est encore limité et certaines ont des effectifs faibles, ce qui nécessite des recherches plus approfondies pour confirmer ces observations.
En ce qui concerne l’hyperthyroïdie ou la thyroïde normalement fonctionnelle, les données sont plus rares et moins concluantes. Certaines sources rapportent un effet stabilisateur, modérant les fluctuations hormonales et contribuant à la gestion du stress chronique qui peut influencer la fonction thyroïdienne. Pourtant, l’ashwagandha ne semble pas avoir d’effet direct clair pour réduire une activité thyroïdienne excessive, et son utilisation dans ce contexte doit être envisagée avec prudence. Pour mieux comprendre l’hyperthyroïdie, voir notre article Quels sont les signes d’une hyperthyroïdie ?.
Un autre aspect souvent souligné concerne la gestion du stress chronique. Le stress prolongé peut perturber l’axe hypothalamo-hypophyso-thyroïdien et altérer la production hormonale. En tant qu’adaptogène, l’ashwagandha favorise la régulation de cet axe, ce qui pourrait indirectement améliorer la fonction thyroïdienne en freinant les mécanismes de déséquilibre induits par le stress. Pour approfondir la notion de stress et son impact, consulter notre article sur Éleuthérocoque et stress : allié adaptogène pour la thyroïde ?.
Précautions d’utilisation et risques liés à l’auto-supplémentation
Malgré les bénéfices potentiels, il est capital d’adopter une approche prudente vis-à-vis de l’utilisation d’ashwagandha, particulièrement en cas de troubles thyroïdiens. Le contrôle médical est indispensable avant toute supplémentation, voire pendant son utilisation, afin d’éviter des effets indésirables et des interactions médicamenteuses. Plus d’informations sur l’importance du suivi médical dans notre guide Comment choisir et travailler avec un endocrinologue pour votre thyroïde.
En effet, des risques existent, notamment le potentiel de sur-stimulation thyroïdienne pouvant aggraver une hyperthyroïdie non diagnostiquée. D’autres effets indésirables, bien que rares, peuvent se manifester comme des troubles gastro-intestinaux, des réactions allergiques, ou des modifications hormonales inattendues. Ces risques sont exacerbés en cas d’auto-prescription sans suivi adéquat.
Par ailleurs, l’ashwagandha peut interagir avec des médicaments thyroïdiens, tels que la lévothyroxine, en modifiant leur efficacité ou en entraînant des effets secondaires. Il est donc essentiel d’informer son médecin traitant de toute prise de compléments afin d’ajuster les traitements si nécessaire. Pour plus de détails sur les interactions, consulter notre dossier sur Suppléments utiles (et à éviter) pour la thyroïde.
L’auto-supplémentation est particulièrement dangereuse dans un contexte de pathologies endocriniennes, car une mauvaise gestion peut conduire à une déstabilisation importante de la fonction thyroïdienne, avec des conséquences graves sur la santé générale.
Le contexte ayurvédique et la vision holistique de l’ashwagandha
Dans la médecine ayurvédique, l’ashwagandha occupe une place centrale non seulement comme tonique adaptogène, mais aussi dans une approche holistique de la santé. Ce système médical traditionnel ne se limite pas à traiter les symptômes isolés, mais s’intéresse à l’équilibre global du corps et de l’esprit, ainsi qu’à l’harmonie des doshas (forces vitales).
L’ashwagandha est ainsi utilisée pour soutenir la vitalité, réguler le système nerveux, et renforcer la résistance face aux agressions physiques et mentales. Cette vision globale complète les approches modernes en prenant en compte des facteurs comme le mode de vie, l’alimentation, et la gestion émotionnelle, qui influent fortement sur la fonction thyroïdienne. Pour un retour aux médecines traditionnelles et aux plantes adaptogènes, lire aussi Guggul : plantes médicinales et soutien thyroïdien.
Cette conceptualisation permet d’intégrer l’ashwagandha dans un cadre thérapeutique plus large, qui dépasse le simple traitement symptomatique, et vise un rééquilibrage durable des fonctions corporelles, incluant la régulation hormonale. Elle invite également à considérer la plante dans une dynamique de prévention, de renforcement et d’accompagnement des processus de guérison.
Conseils pratiques pour intégrer l’ashwagandha de manière sûre
Pour ceux qui souhaitent intégrer l’ashwagandha dans leur prise en charge, notamment en lien avec la thyroïde, plusieurs recommandations sont à suivre afin d’assurer une utilisation optimale et sécurisée :
- Choix de compléments de qualité : Privilégier des produits standardisés en withanolides, issus de sources fiables et soumis à des contrôles qualité rigoureux afin d’éviter les contaminations et garantir l’efficacité.
- Dosage adapté : Le dosage varie selon les besoins individuels et le contexte médical. En général, des études suggèrent des doses de 300 à 600 mg par jour d’extrait standardisé, mais cela doit être adapté par un professionnel selon la présence ou non de troubles thyroïdiens.
- Suivi médical : Un contrôle régulier des taux hormonaux (TSH, T3, T4) est indispensable pour évaluer la réponse au traitement et ajuster la posologie. Le suivi doit aussi surveiller l’apparition d’éventuels effets secondaires. Pour tout suivi diagnostique, voir notre guide Bilan thyroïdien : quels examens demander et dans quel ordre.
- Autres plantes adaptogènes : D’autres plantes comme le ginseng, le rhodiola, ou la réglisse peuvent aussi être envisagées, mais toujours sous supervision, afin de ne pas perturber la fonction thyroïdienne ou interférer avec les médicaments.
Conclusion : bilan critique et perspectives futures
En résumé, l’ashwagandha présente un potentiel intéressant pour soutenir la fonction thyroïdienne, en particulier dans le cadre de l’hypothyroïdie ou du stress chronique. Ses principes actifs, notamment les withanolides, agissent sur la régulation hormonale et l’axe du stress, offrant une approche complémentaire aux traitements conventionnels.
Cependant, il convient de rester prudent face aux limites actuelles des connaissances : le nombre d’études cliniques est encore restreint, et certaines conclusions manquent de robustesse scientifique suffisante pour des recommandations universelles. Par ailleurs, les risques liés à l’auto-supplémentation sans suivi médical sont réels et doivent être pris en compte sérieusement.
Les recherches futures devront approfondir les mécanismes d’action précis, le profil d’efficacité et de sécurité de l’ashwagandha, en multipliant les essais cliniques de qualité, notamment chez des patients présentant différentes formes de dysfonctionnements thyroïdiens.
Enfin, il est impératif d’encourager le dialogue entre patients et professionnels de santé pour une utilisation éclairée, intégrant les connaissances traditionnelles et modernes, afin d’exploiter au mieux le potentiel de cette plante tout en garantissant la sécurité et l’efficacité des soins.
Sources
- Pratte, M. A., Nanavati, K. B., Young, V., & Morley, C. P. (2014). An alternative treatment for anxiety: a systematic review of human trial results reported for the ayurvedic herb ashwagandha (Withania somnifera). Journal of Alternative and Complementary Medicine, 20(12), 901-908.
- Sharma, A. K., Basu, I., & Singh, S. (2018). Efficacy and safety of Withania somnifera (ashwagandha) root extract in hypothyroid patients: A pilot study. AYU (An International Quarterly Journal of Research in Ayurveda), 39(2), 106-110.
- Singh, N., Bhalla, M., de Jager, P., & Gilca, M. (2011). An overview on Withania somnifera: A Rasayana (rejuvenator) of Ayurveda. African Journal of Traditional, Complementary and Alternative Medicines, 8(5S), 208-213.
- Chandrasekhar, K., Kapoor, J., & Anishetty, S. (2012). Effect of Withania somnifera on stress-related parameters in chronically stressed humans: a randomized controlled trial. Journal of Ethnopharmacology, 147(2), 433-438.